Après s’être produite en juin dernier à la basilique de Saint-Denis dans une création originale du joueur de oud Smadj avec une quinzaine de musiciens (dont le trompettiste Ibrahim Maalouf), Natacha Atlas revient avec Mounqaliba (« la tête à l’envers »), son huitième album. Dans la lignée d’Ana Hina paru en 2008, ce nouvel opus coréalisé avec le violoniste Samy Bishai sonne très acoustique. Enregistré à Londres avec la participation de la pianiste Zoe Rahman, d’un ensemble de vingt musiciens turcs et d’un orchestre de chambre à même de lier les formes occidentales et moyen-orientales, cet album inspiré par l’oeuvre du compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien Rabîndranâth Thâkur, dit Tagore, est une sorte de quête du Graal pour la chanteuse, qui atteint là l'un des sommets de son art.
Album de création aux compositions originales à l’exception de deux reprises (" Riverman " de Nick Drake qu’elle sublime et " La Nuit est sur la Ville " nouvel emprunt à Françoise Hardy), Mounqaliba est ponctué de délicieux interludes. Son mystère s’apparente à une oeuvre de pacification par la connaissance. Qui mieux que cette chanteuse née à Bruxelles d’un père natif de Jérusalem flottant entre Maroc, Palestine et Egypte, et d’une mère anglaise convertie à l’Islam, peut ouvrir des portes sur des mondes inconnus ou fantasmés ? Qui mieux que Natacha Atlas peut embrasser la beauté de ces mondes que trop d’idéologues cathodiques cherchent à opposer ? Sa voix limpide est un trait d’union qui rapproche les pensées arabe, perse, hindi et occidentale, les éclaire. Dans une épure sensible, l’ex-Transglobal Underground fait briller le diamant de ses compositions. Du brut, de l’essentiel qu’elle saura assurément sertir sur scène en petite formation ou accompagnée par des ensembles plus conséquents.